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Gracieuses et frivoles, les Kapsber’Girls au festival Labeaume en Musique à Sampzon (Ardèche). 26/07/2017

Elles sont quatre filles, jolies et de noir vêtues ; elles arborent de beaux instruments anciens qui ont nom théorbe et viole de gambe, ou archiluth et basse de violon.

Vous avez deviné il ne s’agit nullement d’un groupe de rock !
A peine sorties du CNSM de Lyon (Conservatoire National Supérieur de Musique), les voilà au programme d’un festival, en vedettes, et quelles vedettes !

La très jolie église Saint-Martin de Sampzon qui domine Ruoms et Vallon Pont d’Arc, enlacée dans les boucles de l’Ardèche, du Chassezac et de l’Ibie, affiche complet pour ce récital baroque des Kapsber’Girls. Il faut dire qu’elles ont l’enthousiasme et la jeunesse (autour de 22 ans) et qu’entraînées par l’allant et la voix lumineuse d’Alice Duport-Percier, le quatuor, alternant musique instrumentale et villanelles (compositions polyphoniques populaires originaires de Naples ou Venise) a enchanté ce lieu perché au plus près des étoiles. La soprano dotée d’une belle voix, puissante et expressive, joue avec plaisir la comédie des rôles et des nuances dans les textes des musiques.

Les compositeurs, italiens d’abord avec Cacini et aussi espagnols, Merula, Sanz et Marin, mais aussi français, Moulinié, ont écrit entre1550 et 1710 pour cour ou chapelle royale, madrigaux, motets, canzone instrumentales, ou autres récitatifs. L’un d’eux, Cacini, a écrit pour le mariage de Marie de Médicis avec Henri IV ; Dario Castello, des recueils de sonates pleines de virtuosité. Quant à Etienne Moulinié, compositeur languedocien, il excellait en musique… espagnole.
Kapsberger, le chouchou de ces demoiselles, est d’origine allemande ; il a cependant vécu en Italie (on voyageait beaucoup en cette fin de la Renaissance et par la suite), a été un brillant luthiste auteur de madrigaux et de villanelles connues dont le Che fai tu (que fais-tu), motif initial - et final - de ce concert.
Certes, même avec traduction, il est difficile de comprendre tout des textes, mais ils importent peu : on devine, chansons d’amour ou de tourments, reproches, douleurs, appels, qui n’ont cependant rien à voir avec des lamentations standardisées. Car les humains n’ont guère changé et la vie amoureuse parle toujours de cœur, de fidélité, de départ, de regrets… mais avec l’ardeur de la jeunesse…
Toutefois si les mots demeurent, les instruments parlent autrement à notre oreille ; ainsi la basse de violon (ancêtre du violoncelle et sans sa pique) évoque autrement la profondeur des âmes, l’âpre regret, maniée avec l’étrange archet de Barbara Hunninger ; et la guitare baroque, grâce à Albane Imbs évoque plutôt la danse, le bonheur, et aussi l’Espagne. Quant à Clémence Niclas à la flûte à bec, elle exprime une allégresse pleine de vigueur qu’on retrouve dans sa voix de soprano.

Il fallait ce soir-là grimper au milieu des oliviers jusqu’à l’église blanche de Sampzon, et sur la terrasse perchée d’où on croyait voir jusqu’au bout du monde, se laisser aller au plaisir de musiques d’autres temps qui parlent autrement. Mais qui nous parlent.
Jacqueline Aimar

Eglise de Sampzon © DR PA
Eglise de Sampzon © DR PA


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