Sortir ici et a
De miel et de larmes. Frédéric Zeitoun - « Duos en solitaire »

Danielle Dufour-Verna

Avec ce dernier album « Duos en solitaire » Frédéric Zeitoun devient un chanteur-parolier de premier plan. Terminé les retours obligés, avant de présenter l’artiste, sur sa carrière d’animateur à la télévision – dans laquelle il excelle par ailleurs -.

L’homme a définitivement conquis le public avec cet opus réalisé à plusieurs mains et plusieurs voix. Ce chanteur est un trublion dans le monde de la musique d’aujourd’hui. Il entraine habilement l’auditeur à la redécouverte de la belle chanson française classique, entre légèreté et gravité, avec humour, avec tendresse.

De l’ombre à la lumière
Frédéric Zeitoun, qui a écrit pour les plus grands : Charles Aznavour, Enrico Macias, Zaz, Hugues Aufrey, Lorie, Frédéric François, Laurent Gerra…. avait déjà franchi le pas depuis une dizaine d’années pour interpréter ses propres chansons. Ses deux spectacles « L’histoire enchantée du petit Juif à roulettes » et « En chanteur » - qui font un tabac à chacune de leur représentation - sont une reconnaissance à son talent. Les chansons de « Duos en solitaire » faisaient d’ailleurs partie du spectacle En Chanteur sauf la dernière, le numéro 13 Duo en solitaire, véritable clin d’œil à la thématique de l’ensemble. Ce quelque chose en plus, qui fait, avec cet album, passer l’artiste d’une semi-ombre à la lumière, est magique : un air et des mots qui trottent inlassablement dans la tête… et qui reviennent quand on y pense le moins…. des envies de remettre le CD encore et encore… Le timbre de la voix de l’artiste, le phrasé, la tenue, la projection dans l’espace, la clarté, la mélodie collent aux textes et aux interprètes successifs tout en restant uniques. On pourra dire c’est du Zeitoun comme on dit c’est du Francis Lemarque ou du Mouloudji. Sans lourdeur, sur des rythmes entrainants, discrètement, l’amour, l’espoir, l’autodérision, les relations humaines, les problèmes sociaux, la solitude, l’injustice et beaucoup d’humour égrènent l’album. Avec des phrases toutes simples, très claires, Frédéric Zeitoun livre des textes riches, des images, des morceaux de vie et des émotions. Musicalement, cet album dans une esthétique résolument intemporelle, au travers des harmonieux dialogues piano-accordéon et quelques solos de saxo, s'inscrit dans la grande tradition de la chanson française. Son originalité, c’est d’avoir réussi, dans un même album, à calibrer avec la même force treize titres à la portée et aux thèmes totalement différents.

Aznavour… comme un signe
Cet album s’ouvre sur le duo poignant, « Bien au contraire ». C’est le dernier enregistrement du grand Charles Aznavour en mai 2018, soit quelques mois avant son départ. Une rencontre magique entre les deux hommes. « Peut-être la plus belle rencontre de ma vie » dira Frédéric. La voix du grand Charles résonne comme un adieu nostalgique dans ce Plus jamais admirable et prophétique. Frédéric Zeitoun signe les paroles, et Charles Aznavour, la musique. Un chef-d’œuvre. Ce seront ensuite Doc Gyneco, Lynda Lemay, Marie Paule Belle, Yves Duteil, Michel Fugain, Enrico Macias, Manu Dibango, La chorale gospel de Rueil Malmaison, Oldelaf, Sanseverino et Philippe Lavil. Ajouter à la qualité de cet album une aussi belle brochette de talents ne pouvait qu’augurer des meilleurs auspices. ! « Faut croire que la vie continue » et « j’ai appris de la vie » chante-t-il d’une voix chaude aux côtés de Linda Lemay puis d’Yves Duteil. Ces quelques mots résument à eux seuls Frédéric Zeitoun : un homme épatant au sourire tendre et communicatif, au cœur ‘gros comme ça’ et à l’humanité lumineuse, le talent en bandoulière.
C’est le succès qui est au rendez-vous de ces chansons qui parlent à chacun d’entre nous. A écouter en solo, en duo ou à plusieurs, en fermant les yeux, lové douillettement au creux d’un fauteuil, en dansant pieds nus un soir de fête, en voiture dans les embouteillages, en vacances, sous la fraîcheur d’un platane, mais à déguster forcément !
Frédéric Zeitoun offre un album qui donne envie d’aimer et remercier la vie tout en permettant à la chanson française de retrouver ses lettres de noblesse. Merci.
Danielle Dufour-Verna


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