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Don Giovanni – Mozart, soap opera pour 7 chanteurs lyriques et accordéon classique

Pierre Aimar

Composé en 1787 par un compositeur âgé de 31 ans, Don Giovanni représente la quintessence du génie mozartien. Cette œuvre que Wagner appelait « l’opéra des opéras » surprend par la modernité de son écriture et la violence de ses contrastes musicaux. Après le succès des Noces de Figaro, Mozart retrouve Da Ponte pour cette nouvelle collaboration. En s’inspirant du mythe de Tirso de Molina, le librettiste met en mots le mythe intemporel du « burlador de Sevilla ».

Dates et distribution
Vendredi 25 janvier à 20h au Karavan Théâtre (Chassieu)
Vendredi 8 mars à l'auditorium Malraux de l’Université Lyon III
Vendredi 22 mars à l'Iris de Francheville pour le Festival In Voce Veritas.

Distribution
Don Giovanni : Pierre HERITIER
Leporello : Florent KARRER
Donna Elvira : Caroline ADOUMBOU
Donna Anna : Camille ALLERAT
Don Ottavio : Isaias SOARES DA CUNHA
Masetto / Le Commandeur: Emmanuel DUCROZ
Zerlina: Fanny MOUREN
Comédienne : Réjane BAJARD
Réalisation vidéos : Joran JUVIN
Transcription, direction musicale et accordéon : Thibaut TROSSET

Mise en scène, dramaturgie et scénographie : Pierre-Alain FOUR
Lumières : Lucie THEVENET
Graphisme : Clotilde JENOUDET

Le mot du metteur en scène
« Soap-opéra ou sit-com, notre Don Giovanni prend place dans une clinique pratiquant la chirurgie esthétique, lieu clos, hiérarchisé et propice au fantasme. Médecin chef, infirmières et blouses blanches se séduisent et s’épuisent, s’enflamment et s’enfuient, dans un corps à corps aussi tendu que voluptueux. Les codes visuels des séries télévisées hospitalières seront les constantes d’une mise en scène qui magnifie les pulsions entre des personnages tous ambivalents, à l’image du héros, aussi charmeur et attirant que révoltant. Dans cette version pour 7 chanteurs lyriques et 1 accordéoniste classique, le scénario est ramassé sur 1h30 et fait l’objet d’un sous-titrage adapté. Sélection d’épisodes clés, l’action est chroniquée par des inserts sonores qui aident à suivre l’intrigue et la musique. Cette version de Don Giovanni s’inscrit dans le prolongement de l’approche imaginée sur (Secret) Cosi fan tutte qui ironisait alors sur l’univers de la télé réalité, tout en lui rendant un hommage discret.

Don Giovanni, c’est un opéra emblématique à plus d’un titre, un opéra extrêmement connu aussi, à la fois par sa musique et son personnage principal, et pourtant un opéra qui se renouvelle chaque fois qu’il est monté et mis en scène. Comme si la force de cette œuvre se trouvait constamment réaffirmée par la multiplicité des interprétations qu’elle suscite, par sa capacité à générer analyses, commentaires, points de vues et dramaturgies variées… Ce faisant, est donné à la musique des contextes très différents, qui permettent une écoute toujours nouvelle.

La dramaturgie dans laquelle nous voulons inscrire ce Don Giovanni cherche à trouver des équivalences à une situation que nous interprétons ainsi : Don Giovanni est certes le portrait d’un séducteur essentiellement soucieux de son seul plaisir, mais aussi d’un personnage qui est l’archétype d’une classe sociale et d’une société hiérarchisée où la noblesse a essentiellement plus de droits que les autres catégories sociales. En cela, la parole portée par son valet Leporello est extrêmement révélatrice des enjeux de cet opéra : une pièce politique, virulente voire révolutionnaire, mettant en cause un ordre social injuste, le tout enveloppé dans une intrigue vive et souvent drôle.

Pour autant, malgré la Révolution, malgré la démocratisation de nos sociétés, en avons-nous fini avec une société de classes où certains sont mieux traités que d’autres ? Sans doute pas, bien que les rapports sociaux soient aujourd’hui souvent euphémisés et rendus moins visibles. Pour traduire une situation qui a donc toujours une actualité, il nous a paru intéressant de la transposer dans un univers professionnel où les
rapports hiérarchiques sont clairs et prégnants. A cet égard, l’univers médical et en particulier celui d’une clinique nous a paru offrir une équivalence crédible et parlante.

Don Giovanni, chirurgien plastique et star des retouches…
C’est pourquoi notre Don Giovanni sera situé dans un hôpital, où un médecin chef peut exercer son pouvoir, et parfois aller au-delà : de la simple œillade au véritable harcèlement, on a toute la palette des attitudes d’un Don Giovanni qui séduit sans remord, qui profite d’une situation sans garde fou. Condamnable sans aucun doute, mais aussi titulaire d’une position sans réel contre pouvoir, l’incitant à se mal conduire sans qu’aucun ne soit véritablement en charge de l’arrêter.

Le contexte hospitalier est aussi propice au fantasme… et il n’a pas manqué d’inspirer la littérature dite rose comme la télévision avec des séries qualifiées sans aménité excessive de soap opéra… Proche de nous, il y a Urgences et Grey's Anatomy, mais il y eu aussi de nombreuses télénovelas produites dans les années 50 et 70 aussi fleuves que cultes. Cet univers visuel très codé, très reconnaissable, nous offre la possibilité de développer un Don Giovanni dans un espace référencé, parfois un peu kitsch, mais aussi amusant et faussement séduisant, offrant une équivalence visuelle à la séduction exercée par Don Giovanni. Dans cet univers, l’infirmière peut être sexy, la blouse de l’aide soignante inconvenablement ouverte, le regard du brancardier trop insistant… mais la mise sera toujours remportée par le médecin chef, prédateur alpha en son royaume médical.
Ce Don Giovanni est monté avec les mêmes contraintes que le Secret Cosi fan Tutte proposé par Brins de Voix : un opéra adapté pour l’accordéon par Thibault Trosset et interprété par 7 chanteurs lyriques. Comme dans le volet précédent, l’action est ramassée sur 1h30 environ, insistant sur les airs et les moments clés, les récitatifs étant recomposés sous formes de chroniques permettant de saisir le sens de l’action. Elles agrémentent l’opéra d’un commentaire parfois ironique, qui permet à tous de suivre une intrigue complexe et souvent aussi alambiquée que celle des séries télévisées que cet opéra a précédé…

Aussi ce Don Giovanni, second volet de la trilogie Mozart-Da Ponte, sera-t-il traité dans la continuité esthétique initiée lors de Secret Cosi fan tutte. A savoir un discours à la fois critique et élogieux de l’univers des séries et des émissions de télé-réalité, et plus largement d’une société médiatique, où chacun cherche à se mettre en scène, que ce soit par sa présence sur les media sociaux comme dans le faire savoir de ses activités, comme si cette médiatisation pouvait nous rendre plus séduisants et faire de nous à notre tour des Don Juan…
Pierre-Alain Four

Contacts
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2 rue du stade
69630 CHAPONOST
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N° Licence : 2---1070807

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