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« Intra Muros » au Théâtre Toursky à Marseille. 27 avril 2019

Danielle Dufour-Verna

Le théâtre Toursky accueillait le nouveau petit chef-d’œuvre de l’enfant terrible du spectacle vivant : « Intra-Muros ». Alexis Michalik nous plonge dans l’univers carcéral. La sobriété des décors –table, chaises, lit, des habits sur des portants- contraste avec le rythme et les enchainements très fluides.

Tandis que l'orage menace, Richard, un metteur en scène sur le retour, vient dispenser son premier cours de théâtre en centrale. Il espère une forte affluence, qui entraînerait d'autres cours - et d'autres cachets - mais seuls deux détenus se présentent : Kevin, un jeune chien fou, et Ange, la cinquantaine mutique, qui n'est là que pour accompagner son ami. Richard, secondé par une de ses anciennes actrices - accessoirement son ex-femme - et par une assistante sociale inexpérimentée, choisit de donner quand même son cours...

La sobriété des décors – table, chaises, lit, des habits sur des portants - contraste avec le rythme éclatant et les enchainements très fluides. On n’entre pas de plain-pied dans la pièce mais la sauce prend au fur et mesure et on se laisse finalement submerger par le sujet et par les émotions astucieusement distillées par des acteurs magnifiques et une mise en scène impeccable.

La victoire de l’esprit ou comment Michalik se joue des murs d’enceinte
On reste subjugué par le jeu des acteurs, sous pression de bout en bout, qui font oublier les limites du théâtre pour nous plonger – intra-muros - dans cette prison et dans cette histoire tressée de main de maitre. Michalik se défait du carcan des murs et des corps pour, avec ce bel argument, donner la plénitude du pouvoir à l’esprit et à la liberté – splendide paradoxe -. Avec Intra-Muros, Michalik donne à voir la lumière, mais rappelle que l’univers carcéral est toujours aussi sombre, aussi noir, aussi tragique. Et c’est d’amertume et de réflexion qu’il s’agit… Talentueux Alexis Michalik.

Si tous les comédiens, Paul Jeanson, Raphaèle Bouchard, Marie Sambourg portent haut leurs rôles, mention spéciale à Fayçal Safi, Sylvain Briat et Bernard Blancan qui interprètent superbement leurs personnages. De beaux moments musicaux signés Raphael Charpentier et une très belle scénographie de Juliette Azzopardi.
Du rythme, de la profondeur, de beaux moments musicaux, une histoire compliquée mais très bien ficelée, un excellent moment de théâtre comme on les aime, que les spectateurs du Théâtre Toursky ont plébiscité et applaudi longuement.
Danielle Dufour-Verna

© Monique Ivars
© Monique Ivars


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