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Le Rebouteux des montagnes, de Daniel Crozes, Rouergue éditeur

Pierre Aimar

Au départ une histoire vraie. Remodelée, enrichie, comme cela se fait pour que l’intrigue soit plus intéressante, plus vivante aussi.
Puisque le roman a ce pouvoir de vivifier la vie.

Tournant du XXe siècle, on est à Nasbinals, un village quelque part sur le plateau de l’Aubrac, dans ce centre de la France qui ressemble à une vaste zone où prairies, montagnes et vallonnements créent un paysage dont l’immensité garde quelque chose d’incertain, d’un peu inconnu.
En notre temps maudit de maladie maudite, mais qui peut nous sensibiliser à d’autres souffrances que les nôtres, presque maniérées, on se dit que là-bas, les hommes vivaient à l’air pur. Mais devaient avoir quelques difficultés à se faire soigner…
Tant d’accidents dans ces campagnes lointaines, la vie rude figée par des travaux rudes, des saisons plus affirmées et violentes, l’infinie lenteur des déplacements sur la charrette découverte… La nuit, les nuits longues, le chaud, le froid glacial réchauffé par le bol de bouillon brûlant et offert, les attentes douloureuses et si longues avant que passe la douleur… Bref, un autre temps pour la douleur et la souffrance..
Mais l’histoire est à peine là.

Un extraordinaire rebouteux
Un homme qui a la don.
Ses mains sentent et soignent.
Elles palpent et trouvent le point qui fait mal, elles le forcent et le débloquent ; la crispation cède.
Elles soulagent.
D’autres soins sont plus précis et « plus médicaux ».
C’est là que le bât va blesser, on s’en doute. 
Les problèmes, le mal en quelque sorte, provient des hommes eux-mêmes, médecins, pharmaciens, des jalousies. De la mesquinerie stupide des hommes, comme toujours.

Un jour un malade qui meurt.
Et sa femme va au tribunal,  s’appuyant sur toutes les critiques et les jalousies qu’on a fini par dénicher autour d’une réussite…
Le roman est d’abord une évocation très précise et très circonstanciée de la vie rurale, et rustique, de cet ordinaire des paysans dont la vie est rude, difficile on pourrait dire parfois, sommaire. Mais aussi extraordinaire.
Pleine de douleurs.
Ces douleurs que le rebouteux des campagnes savait écouter, contourner, souvent effacer.

Le récit est simple et à la fois élaboré ; il suit le cours d’une l’existence dans cette grosse maison de pierre « où vit Pierre Brioude que les habitants de Nasbinals appellent familièrement Pierrounet ».
Au début du livre il a 71 ans et ne « refuse jamais un déplacement… il a conservé le charme de sa jeunesse, des prunelles pétillantes de vivacité…sa stature et sa musculature de travailleur : et surtout il est toujours en capacité de soulager les souffrances des hommes et des animaux qu’il continue à manipuler avec dextérité et puissance ».
De son vrai métier, mais toujours disponible à la souffrance, il est cantonnier « souvent sur la route »« D’aucuns n’hésitaient point à le solliciter sur la nationale…délaissant sa masse ou sa faucille, il examinait le blessé qu’il soignait sur l’herbe du bas-côté, souvent au milieu de la chaussée, ou sur l’attelage qui l’avait conduit ». On appellerait ça médecine d’urgence..

Un vaste lieu ce plateau d’Aubrac
Tout autour du guérisseur, des médecins, des jeunes, des vieux, certains amis et amicaux, d’autres ennemis, au nom de leurs diplômes : et la crainte de tous, les charlatans…
S‘y mêle la politique, le Courrier Républicain opposé à l’Union Catholique ou au .Journal de l’Aveyron d’opinion royaliste. Les temps ne sont pas simples à vivre dans cette ruralité parfois mise en doute. Survient un accroc, un homme meurt.
Et un jour Pierrounet se trouve cité parmi les charlatans.
Un procès.
Mesquineries, envies, jalousies, tout ce qu’il y a de plus laid chez les humains déborde dans ce vaste paysage…

Pierrounet demeure un homme simple, sympathique, au contact de ceux qui souffrent, en empathie avec eux ; et l’opinion va se déchirer …
Le livre est précis et documenté, vécu parfois : il fait vrai, comme les vallons et les fermes de pierre, les espaces immenses ; et les plats pays de la Margeride et de l’Aubrac mis en images… comme au cinéma.
Chez Pierrounet la maison demeure accueillante, autour de la grande cheminée, cœur de chaleur et d’amitié…
Jacqueline Aimar


Le Rebouteux des montagnes
Daniel Crozes
317 pages
Rouergue éditeur
20 €


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