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Marseille, Théâtre Toursky : Andrea Ferreol, l’art et la maîtrise ; Lectures d’Amérique Latine. 8/12/18

Danielle Dufour-Verna

L’une des plus belles littératures au monde, la littérature sud-américaine, est à l’honneur dans le cadre du cycle de lectures du Théâtre Toursky, à Marseille.

Un cycle à l’initiative du nouveau consul du Pérou à Marseille, Michel Dossetto, avec la complicité artistique de Richard Martin. Quatre rendez-vous en compagnie de talentueux comédiennes et comédiens pour retrouver des auteurs incontournables ou découvrir des horizons littéraires encore peu explorés. Ces moments sont souvent suivis de rencontres pour prolonger la découverte des œuvres et l’exploration d’un pays.

Andréa Ferreol lit « Le siège de l’aigle » de Carlos Fuentes
Ce samedi 8 décembre, salle Léo Ferré de ce splendide théâtre, c’est une comédienne chevronnée qui s’y colle. André Ferreol lit Carlos Fuentes. L’auteur mexicain de Terra Nostra qui a reçu le prix Romulo Gallegos, la plus haute distinction littéraire d’Amérique latine. Si sa critique de la société est implacable, son amour pour son pays l’est également et, à cet auteur de feu ne pouvait être associée qu’une comédienne ardente.



2020. Le Mexique est privé de tout système de télécommunications à la suite de la décision de son président, Lorenzo Terán, de ne pas soutenir les États-Unis dans leur occupation militaire de la Colombie, et d'encourager l'OPEP à augmenter le prix du pétrole. Le pays, comme on peut l'imaginer, est vite paralysé. Mais Terán s'obstine. C'est dans ce contexte de crise nationale et internationale que débute en secret la bataille pour sa succession, et pour l'accession au fameux « Siège de l'Aigle », le symbole de la toute puissante institution présidentielle mexicaine. Carlos Fuentes invite ainsi à découvrir les coulisses de la vie politique de son pays à travers les destins croisés de la belle et intrigante María del Rosario Galván, de l'abject courtisan Tácito de la Canal, de l'implacable ministre de l'intérieur Bernal Herrera, du général von Bertrab et, enfin, du jeune Nicolás Valdivia qui, pour naïf et sincère qu'il paraisse, ne s'en révélera pas moins trouble et dangereux. Avec une intrigue complexe et foisonnante, c’est un authentique roman épistolaire qui multiplie les personnages et mêle amour et politique en un grand tourbillon passionnel.

Pour une actrice comme Andréa Ferréol, la lecture de ces lettres ne présente aucune difficulté, on s’en doute. Il est pourtant plus ardu qu’on ne le croit de lire plus d’une heure durant et réussir à tenir en haleine un public assis et, souvent, à mille lieux de l’ambiance voulue par l’auteur. André Ferréol y réussit à la perfection. Sa voix chaude enveloppe la salle. Elle ne lit pas, elle joue les personnages. Ces mêmes personnages qui, maintenant, s’agitent devant les yeux des spectateurs dans toute la perversité de leurs caractères. D’une lettre à l’autre, d’une écriture à l’autre, d’un courtisan à l’autre, l’action même prend forme, déroule dans ses méandres les fourberies hypocrites et le cynisme du pouvoir. Par deux fois, avant la lecture, et en intermède, la magnifique guitare de Marcel Alchech ponctue les mots, y ajoutant les accords d’une mélodie très appropriée. Le choix des lettres lues est éminemment intelligent, car elles parviennent à faire comprendre la genèse d’un roman de 464 pages !

Magistrale
Ce sont des salves d’applaudissements répétés qui ont salué la fin de la lecture. Magistrale, Andréa Ferréol a captivé le public, suspendu à ses lèvres, au point de faire croire, quasiment, en l’amour sincère de la belle Maria… jusqu’à la lettre suivante ! Grande, prodigieuse comédienne ! Merveilleuse lectrice !
Les yeux bleus sont pétillants, malicieux, les gestes élégants. Sur Andréa Ferréol, il semblerait que le temps n’ait pas de prise. L’actrice allie la beauté et la sympathie à son immense talent.

Rendez-vous est pris pour le samedi 2 février 2019 à 18 heures : Richard Martin, comédien et directeur du Théâtre Toursky, lira J’avoue que j’ai vécu, La centaine d’amour et Les vers du Capitaine de Pablo Neruda.
Quand la culture s’empare à bras le corps des citoyens, quand un théâtre splendide, fraternel, programme, dans ce quartier le plus pauvre d’Europe, à un prix dérisoire, ces moments de rencontre de convivialité et d’intelligence, il faut le souligner, le crier, le propager, le dire fort et haut. Nous journalistes, devons y veiller.
Danielle Dufour-Verna


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