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Qu'il est étrange de s'appeler Federico. C’est à nouveau la Dolce Vita à l’Institut Culturel Italien de Marseille avec Francesca Fellini

Danielle Dufour-Verna

Splendide initiative de l’Institut Culturel Italien dont le programme est un kaléidoscope d’évènements culturels de grand intérêt et de rencontres rares, offrant gratuitement au public l’occasion de recevoir un peu du soleil de cette Italie proche et fraternelle et de mieux appréhender l’art de ce pays..

Elle a la chevelure rousse et dorée des Vénitiennes, un grand sourire, une sympathie communicative et un charme fou. Elle s’exprime en français avec un adorable accent italien. Si le temps n’était compté, on voudrait l’entendre parler longtemps de cet oncle qu’elle adore et qu’elle fait revivre à chaque mot ; de ce parrain poétique et plein d’humour qui, la prenant dans les bras lors de sa naissance, dira - « Qu’elle est belle cette petite poupée, elle a de la rouille sur les cheveux », car les parents avaient attendu dix ans avant d’avoir leur petite fille. Elle, c’est Francesca Fabbri Fellini.
Francesca Fellini -sa Fellinette- comme aimait à l’appeler son oncle, avec le manteau qu’il lui avait offert.

Exposition Il cibo nei Disegni di Federico Fellini (la nourriture dans les dessins de Fellini)
« La vita è una combinazione di pasta e di magia » (la vie est une combinaison de pâtes et de magie – Federico Fellini)
Ce jeudi 5 avril 2018, dans ce lieu de culture et d’ouverture qu’est l’Institut Culturel Italien de Marseille, a été inaugurée, à l’instigation de son éminent directeur, Francesco Neri, l’exposition ‘Il Cibo nei Disegni di Federico Fellini’, en présence de Francesca Fellini, nièce du réalisateur et journaliste. Cette exposition, que l’on peut admirer jusqu’au vendredi 4 mai, regroupe 19 tableaux réalisés par le metteur en scène à différents moments de sa carrière. Fellini a eu très tôt un rapport étroit à la nourriture. Avec son père, agent de commerce alimentaire, les meules de parmesan parfumaient la maison. Une part importante de l’exposition est composée de dessins tirés du célèbre livre des rêves, le journal intime de Fellini, qu’il a rédigé pendant trois décennies environ, une œuvre onirique exposée actuellement au Musée de la ville de Rimini.
L’exposition est visible jusqu’au vendredi 4 mai 2018

Fellini, rêveur d’humanité, magicien du rêve
Fellini était d’abord un caricaturiste de talent. La caricature est évidente dans ses films, mêlée au surréalisme, à la tendresse, à l’humour : tout l’univers de Fellini. Il entre au Journal satirique Marc Aurélio, à Rome, en 1938. Il y fera ses marques avec des compagnons qui ont pour noms : Ettore Scola, Cesare Zavattini… Là prendront forme les personnages typiques de leurs films. Federico Fellini est né le 20 janvier 1920 à Rimini et mort le 31 octobre 1993 à Rome. Son frère Ricardo naît en 1921 et sa sœur Maria Maddalena en 1929. Francesca est la fille de Maddalena, nièce et unique héritière du grand maître, porteuse de son histoire. Elle nous en fait part avec minutie, sincérité, passion, associant dans un même élan de tendresse sa tante, l’immense et inoubliable actrice Giulietta Masina, l’épouse, la muse, dont les yeux pétillants de malice et de bonté ont fait chavirer le cœur de Fellini à jamais. Eternelle Cabiria, malicieuse Gelsomina au visage enfariné et pathétique, sublime et émouvante Juliette des esprits, elle a rejoint son mari seulement quatre mois plus tard. Indissociables dans la vie, leur amour les rassemble par-delà la mort.
En bonne Italienne, Francesca Fabbri Fellini parle avec les mains. Telle une pasionaria, l’élan, l’ardeur de ses propos défie le temps, si court, d’une conférence. On perçoit qu’elle a reçu, de Fellini, l’humour, la truculence, la jovialité, la dérision, mais par-dessus tout l’intelligence. Cette journaliste, cette femme, cette nièce qui vient raconter son oncle, ne joue pas ! Elle est entière. Elle met à nu son âme et l’ombre du génie parcourt la salle, un frisson, vite effacé par un éclat de rire.

Quand un nom de famille devient un adjectif… L’Italie, c’est FELLINI.
Elle fait bien, la petite « fellinette », de nous livrer cette part intime de son oncle « Chicco » (lire Kicco, diminutif de Federico) car Fellini fait partie de l’histoire universelle du cinéma et ce faisant, il appartient aussi à son public. A tel point que le mythique studio 5 de Cinecittà à Rome, le temple personnel du metteur en scène, a pris le nom de « Studio Federico Fellini ». L’univers de Federico est devenu Fellinien. Qui peut voir Rome avec les mêmes yeux après Fellini ? Le regard aiguisé, amusé, distendu, fantastique du réalisateur, ce regard a réellement changé celui que les hommes posent sur les choses, sur les êtres. Contrairement à ce que d’autres ont écrit, je ne dirai pas que Fellini hante l’Italie : l’Italie est Fellini.

STUDIO 5 : le monde de Fellini
Désormais, nous dit Francesca, tous les réalisateurs entrent dans le monde de Fellini, ce magicien de l’âge d’or du cinéma italien. Scorsese, Spielberg, Bergman et tant d’autres sont tous ses fils spirituels.

Que ce soit dans Santa Sangre de Jodorowsky, ou dans La grande Bellezza de Paolo Sorrentino, en passant par Salo de Pasolini (même si c’est moins évident), La grande bouffe de Marco Ferreri, Underground de Kusturica, 1984 de Terry Gilliam, ou encore Nine de Rob Marshall (dans une Rome de nuit, rendant hommage à la scène de la fontaine de Trevi dans la Dolce Vita), tous ont reçu plus que l’influence,la marque du génie Fellini, habité par une constante interrogation du réel. On y retrouve « La richesse et la complexité des personnages, l’onirisme, le goût pour l’excentricité et la confusion entre l’artifice et le réel ».
A partir de Fellini, le monde du cinéma n’a plus été le même. Un bouleversement gigantesque, à la hauteur du personnage. Qui n’a pas en tête une image, une scène, une voix, ne serait-ce qu’une impression des films de Fellini ? Voir ressurgir ce monstre sacré, c’est entrer dans un monde à part. Par la bouche de Francesca, c’est l’oncle, le mari, le frère que l’on apprend à connaître, généreux, tendre. L’honneur est immense de côtoyer celle qui transmet son héritage. Dans la salle comble de l’Institut Culturel Italien, le rire et la bonne humeur de la protagoniste de la soirée et de son non moins sympathique compagnon, Graziano Villa, photographe d’art, vont laisser place à une émotion profonde lors de la projection du film d’Ettore Scola, une magnifique docufiction.

À l'occasion des vingt ans de sa disparition, « Qu'il est étrange de s'appeler Federico » retrace l'incroyable parcours de l'immense réalisateur italien Federico Fellini, et notamment la grande histoire d'amitié qu'il partagea avec Ettore Scola, son compatriote cinéaste de onze ans son cadet. Il évoque celui qui fut à la fois son mentor et son ami, et dont le parcours fut souvent entremêlé avec le sien - de leurs débuts au sein du journal Marc Aurelio à leur consécration mondiale en tant que cinéastes. Comme lui, Ettore Scola, décédé en 2016, commença sa carrière en tant que dessinateur. Comme lui, il réalisa des chefs-d’œuvre : ‘Nous nous sommes tant aimés’, ‘une journée particulière’ ‘Affreux, sales et méchants’ etc. Le film de Scola raconte un demi-siècle d’amitié entre deux immenses réalisateurs et un acteur non moins immense, Marcello Mastroianni, l’ami de toujours.
« J’avais envie de parler avec Federico, de convoquer des souvenirs, de retrouver des conversations, des documents, des dessins qu’il avait faits… On riait beaucoup avec Federico, de la vie, du monde et de lui-même. » (Ettore Scola)

‘Qu’il est étrange de s’appeler Federico’
Réalisé par Ettore Scola à l’occasion du vingtième anniversaire de la disparition du grand réalisateur, cette docufiction est un portrait/souvenir drôle et émouvant de Federico Fellini dans lequel le réalisateur privilégie une esthétique forte et atypique.

Un documentaire sur Fellini ? Non, car si Ettore Scola prend de la matière vécue telle qu'il l'a pratiquée au fil d'une longue amitié, il brouille les frontières entre les faits et les songes. Une fiction? Pas davantage, les personnages et les œuvres sont authentiques et on les reconnaît tels qu'ils se sont inscrits dans l'histoire du cinéma.
Qu'est-ce donc, alors, ce film avec son curieux titre Qu'il est étrange de s'appeler Federico? Ettore Scola raconte ses années Fellini. C'est une fantaisie de la mémoire, qui renoue à travers l'absence les liens tissés jadis, avec la même spontanéité flâneuse que si les deux amis improvisaient une virée dans les rues de Rome.

C'est aussi un portrait fait de réminiscences et de morceaux de pellicule, truffé de rires, ombré de mélancolie, une construction poétique. Dès le premier plan, qui sera aussi le dernier, Fellini est là: assis de dos dans un fauteuil de metteur en scène, sur une plage, face au spectacle splendide de la mer et des nuages. On ne voit de lui qu'un chapeau, une veste noire et une écharpe rouge, magistral !’

Des scènes oniriques, d’autres poétiques avec des références à l’univers du cirque, loin de la satire sociale qu’il maniait avec délice, une musique sublime synonyme de nostalgie, Ettore Scola envoie à son ami, son mentor, un message d’amour. Tous deux, à leur manière, ont critiqué la société italienne de leur époque. Scola offre ici un bijou impressionniste, un des plus beaux hommages à l’art, la magie et la mélancolie du cinéma fellinien.
Dante, Machiavel, Leopardi, Fellini, Rossellini, Lattuada, Scola, Giulietta, Marcello… Des noms écrits au panthéon de notre mémoire.

A Tavola con Fellini (à table avec Fellini)
Par la même occasion, Francesca Fabbri Fellini présente le livre de recettes de sa mère et sœur du réalisateur « Maria Maddalena Fellini » : ‘A Tavola Con Fellini (à table avec Fellini), des recettes à Oscar de la sœur Maddalena’, des recettes que Francesca a recueillies avec amour. Ce livre reflète la passion de sa maman pour la cuisine romagnole et son goût de la vie, car il faut aimer la vie pour se réunir autour de la table. On salive à la lecture et à la vision de ces plats. Ce livre raconte le bonheur. C’est un volume pratique illustré de 240 photographies couleur guidant la réalisation pas à pas des recettes typiques de la région natale du maître. Qu’il s’agisse de pâtes fraîches, de ‘minestra’ ou de desserts, Francesca Fellini a réuni, presque avec dévotion, les recettes que sa maman préparait à son frère, réservant les premières pages du livre aux photos de famille. Et cette maman n’était pas seulement aux fourneaux. Actrice, elle a joué dans plusieurs films, mais son plus beau rôle était celui d’épouse, de mère, de sœur. D’ailleurs, la belle et bienveillante Maddalena surnommée una risata viaggiante (un éclat de rire voyageur, ou un rire communicatif), a ressenti terriblement la perte de son grand Federico, suivie de peu par celle de sa belle-sœur Giulietta. Plus qu’un livre de recettes commun, on entre dans la vie d’une famille simple et généreuse, à l’image du grand Fellini. La table, c’est le partage, la chaleur du foyer, l’enfance qui affleure avec le goût de la ‘pastina’, l’odeur des petits pois cueillis frais au jardin, les châtaignes rôties au coin du feu… Francesca Fellini livre un peu de son enfance dans ses pages où l’odeur des plats flirte avec celle des souvenirs. (Livre est en vente à l’Institut Culturel Italien au prix de 10€)

A l’instar d’autres grands ‘moments’ offerts en continu par l’institut culturel italien de Marseille, une soirée riche et inoubliable !
Danielle Dufour-Verna

Le programme de l’Institut Culturel Italien est sur : iccmarsiglia.esteri.it/icc
marsiglia/fr/
Tél 04 91 48 51 94


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