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Toulouse, Fondation Bemberg : Collection Motais de Narbonne, peintures françaises et italiennes des XVIIe et XVIIIe siècles. Exposition du 22 février au 2 juin 2019

Pierre Aimar

Dans la lignée des expositions consacrées aux collections privées, c’est avec un grand bonheur que la Fondation Bemberg, après le Musée des Beaux-Arts d’Orléans, présentera du 22 février au 2 juin 2019, celle, tout à fait exceptionnelle, d’Héléna et Guy Motais de Narbonne.
L’étape toulousaine sera par ailleurs l’occasion de découvrir le dernier tableau acquis en novembre dernier par les collectionneurs.

Datés entre le XVIIe et le XVIIIe siècles, soixante-dix-neuf peintures et deux dessins de maîtres français et italiens de renom - tels que Charles Le Brun, François Boucher côté français ou Francesco Cairo et Donato Creti côté italien - illustreront tant dans les sujets religieux que profanes les courants du caravagisme et du classicisme par le prisme de la relation intime entre l’œuvre et le collectionneur.

Initiées dans les années 80, les premières acquisitions d’Héléna et Guy Motais de Narbonne n’ambitionnent pas de devenir une collection et pourtant au fil des années c’est tout un pan de l’histoire de l’art qui se constitue.
Ce couple d’érudits marque son attirance pour des œuvres où l’histoire et l’humain sont prépondérants. Chacune des œuvres, marquée par le rapport violence/douceur, ombre/ lumière, donne toute sa place à la créativité de l’artiste.

Le visiteur comprendra aisément leur choix guidé par l’émotion plus que la raison.
Tout comme Georges Bemberg, Héléna et Guy Motais de Narbonne ne conçoivent l’art que dans le partage et cette volonté se traduit non seulement par leurs proches relations avec des historiens de l’art mais aussi avec le public. En véritables mécènes, ils ont déjà fait don d’œuvres à différents musées.
Afin de mettre en valeur la qualité de cette exposition, placée sous le parrainage de Pierre Rosenberg membre de l’Académie française et grand connaisseur de cette collection et le commissariat d’Olivia Voisin, directrice du Musée d’Orléans, la Fondation Bemberg a confié la scénographie à Nathalie Crinière.

Ainsi, La Fondation Bemberg, sous la présidence d’Alfred Pacquement, entend proposer un fabuleux voyage au cœur de l’histoire de l’art où chaque œuvre raconte une histoire.

Avant-propos d’Olivia Voisin, directrice des musées d’Orléans, commissaire de l’exposition
Entre raison et passion, la collection ne saurait être une simple accumulation de tableaux. Fruit de coups de cœur, de rencontres avec des œuvres qui entrent en résonance avec la part la plus irrationnelle de l’être humain, au gré de découvertes et de rencontres, de recherches et de discussions, elle est le témoin secret d’une vie où la curiosité rime avec la générosité. La collection Motais de Narbonne est de celles-ci, constituée sans même que ces amateurs ne réalisent que cette passion qui les dévore, qui les amuse également et qu’ils partagent avec tous ceux qui ont le bonheur de croiser leur chemin, fait d’eux des collectionneurs. Des collectionneurs ? Certes, mais des amoureux avant tout, qui succombent inconsidérément face à une œuvre à l’iconographie insolite, face à une peinture où la violence affronte la douceur ou dans laquelle ils retrouvent un choc esthétique ressenti au gré des visites des musées qu’ils parcourent comme pour mieux nourrir leur âme de ces dialogues avec les tableaux.

Les tableaux parlent, nul ne le sait mieux qu’un collectionneur. Ces amis à l’éloquence toute visuelle habitent le cœur des amateurs. Faire partager ce lien sensible avec des toiles qui dans leur matérialité ne sont jamais uniquement une image, tel est le désir des Motais de Narbonne pour qui la joie toujours se partage. Après avoir été présentée pour la première fois pendant quatre mois au musée des Beaux-Arts d’Orléans, leur collection s’invite pour une deuxième étape exceptionnelle à la Fondation Bemberg. Quel meilleur écrin pour la magnifique collection d’Héléna et de Guy Motais de Narbonne, si habitée, si personnelle, que ce musée de collectionneur où se lit une passion commune pour les XVIIe et XVIIIe siècles italiens et français ?

En offrant aux visiteurs un voyage au cœur de leur collection, les Motais de Narbonne mettent leur cœur à nu. Tableau après tableau, ils acceptent de laisser le public suivre leurs battements de cœur, leurs joies à la découverte d’un tableau rare, leurs peines lorsque celui-ci est acquis par un autre amateur, leur amusement quand l’heureux rival est un musée. Salle après salle, ils révèlent combien la peinture est un jeu dans lequel l’âme grandit.

Héléna et Guy Motais de Narbonne. Portrait des collectionneurs
Héléna et Guy Motais de Narbonne dans leur appartement, mars 2018 © Christophe Camus
Héléna et Guy Motais de Narbonne dans leur appartement, mars 2018 © Christophe Camus
Nous sommes dans le règne de l’image, fixe ou mouvante. Elle s’impose à nous, par les écrans, par les affiches, par les panneaux... Elle tend même à se substituer à l’écrit dans certains cas, puisque les pictogrammes envahissent notre environnement quotidien.
On a déploré les effets néfastes de cette omniprésence de l’image : l’impression instantanée née de la représentation immédiate l’emporte sur la réflexion suscitée par le texte longuement mûri.
Notre accoutumance à l’image a sans doute entraîné aussi une sorte de paresse de l’œil, trop sollicité, constamment et de toutes parts. On ne sait plus quoi ni où regarder.
Pour éveiller l’intérêt, il faut « le choc des photos ». Si notre regard n’est pas choqué, il reste indifférent. Il est également de plus en plus difficile à surprendre.
Le manque d’attrait de beaucoup de nos contemporains pour la peinture ancienne vient probablement en premier lieu de l’absence d’éducation dans le domaine de l’art.

Il résulte peut-être aussi de l’érosion de notre capacité à s’étonner. Ne faudrait-il pas apprendre ou réapprendre à chercher et à goûter l’insolite dans la peinture des siècles passés ? Insolite ? Le mot avait un sens péjoratif, encore au XIXe siècle. Maintenant, il est plutôt pris favorablement.
On nous demande souvent, à mon épouse et à moi-même, pourquoi nous collectionnons des tableaux anciens. Nous n’avons que des réponses maladroites et incertaines à cette question. On nous suggère parfois gentiment que c’est peut-être le culte d’un idéal classique, l’expression d’esprits conservateurs ou le goût du passé qui nous ont poussés vers la peinture ancienne.
Si je veux aller aux racines de la collection, je me demande si nous ne sommes pas animés par une recherche, consciente ou inconsciente, de l’insolite.
L’insolite qui, surgissant d’une petite surface de toile peinte, ouvre la porte du domaine des rêves. L’insolite qui, par la couleur, par la composition, par le traitement des personnages, par la saisie des attitudes, apporte un piment excitant dans une iconographie connue. L’insolite qui amène à des correspondances inattendues entre différents peintres, entre différents styles, entre différents sujets.
L’insolite que l’artiste a voulu introduire dans son œuvre au moment où il l’a créée, ou bien qui apparaît maintenant, après que les années ou les siècles l’ont fait sourdre de sa composition.

Nous avons tous les deux cultivé l’insolite, sans bien nous en rendre compte au départ. Nous nous sommes, en quelque sorte, formés à la recherche de l’insolite, au fur et à mesure des acquisitions. Non pas tant dans le choix des sujets - pourtant Le Temps coupant les ailes de l’Amour, même s’il a été retenu par d’autres que Mignard, à commencer par Van Dyck, n’est pas un thème fréquent ; de même pour Le Temps démasquant la Duplicité par Botti -, mais plutôt dans le traitement des sujets.
C’est ici un accent de couleur qui crée l’insolite : le voile orangé de la Samaritaine chez Bertin ; le plumet rose sur le bonnet du compagnon du bon Samaritain par Feria ; un petit arbre rouge à gauche du saint Antoine de Cretey.
C’est là une composition audacieuse : les deux mains du fossoyeur qui sortent de la tombe chez Louis Joseph Le Lorrain ; les deux énormes clés de saint Pierre chez Cerano ; le groupe des jeunes femmes encapuchonnées qui assistent à L’Annonciation de Subleyras.
C’est encore une virtuosité d’exécution qui peut susciter l’impression d’insolite : le surplis de saint Louis de Gonzague par Mazzanti ; les mains du saint Jérôme de Vien ; le visage de Marie Madeleine par Blanchard.
Mais c’est aussi et surtout un sentiment général d’insolite qui naît lorsque l’on regarde certains tableaux : le moine en oraison par un peintre anonyme ; Apollon par Mellin ; le rapt d’Europe par Féret.
Bien entendu, l’insolite ne serait rien si la qualité de l’œuvre ne s’imposait au global. Dans les collections publiques, plus encore et mieux encore que dans une collection particulière, l’insolite est partout. Il ne demande qu’à être déniché et précieusement recueilli. Il suffit d’aiguiser notre regard.
Il y a au musée du Louvre un merveilleux petit tableau de Beccafumi (1486-1551). C’est un élément de prédelle.
Bernardin de Sienne prêche, silhouette dressée sur sa chaire. Autour de lui, des personnes groupées en un large demi-cercle l’écoutent. Au fond, une arcade ouvre sur une pièce où des personnages sont en discussion, donnant une profondeur à toute la composition. Au milieu de l’espace entre Bernardin et ses auditeurs se trouve une chaise, bizarrement vide, tournée vers l’orateur. Attendant qui ?
Vous ? Moi ? Pour que nous allions entendre Bernardin ? L’insolite, décidément.
Guy Motais de Narbonne

Informations pratiques
La Fondation Bemberg
Hôtel d’Assézat
Place d’Assézat
31000 Toulouse

Tél : 05 61 12 06 89
accueil@fondation-bemberg.fr
www.fondation-bemberg.fr

Horaires d’ouvertures
La Fondation est ouverte du mardi au dimanche, de 10 h à 12 h 30 et de 13 h 30 à 18 h.
Le jeudi de 10 h à 12 h 30 et de 13 h 30 à 21 h
Visites commentées : tous les jours à 15 h 30 (mardi jeudi samedi 1er étage et mercredi vendredi dimanche second étage)



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